Chez Renault, M. Senard doit encore convaincre
Jeu 13/06/2019 — Chez Nissan encore plus.

On commençait bien sûr par donner les excellents résultats de Renault, et il faut vraiment les souligner, parce que l'année 2018 n'a pas été simple avec les chutes brutales des marchés argentins et turcs, puis du retrait imposé de l'Iran. Trois pays où Renault était un acteur majeur, et que le losange soit parvenu à présenter des résultats plus que positifs en dépit de ces situations dramatiques est un réel exploit. Mais ces résultats, M. Senard n'y est pour rien. Il n'est arrivé dans l'entreprise qu'après, où sa première mission était de renouer, pacifier, conforter la relation avec Nissan après l'arrestation de Carlos Ghosn.
Là, M. Senard a bien reconnu que si des gens de Nissan et de Renault travaillent ensemble tous les jours, la confiance était entamée. Il a cependant dit clairement qu'il n'y aurait pas de réussite de Renault sans la réussite de l'alliance. Que pour lui, Renault et l'alliance étaient inséparables. Mais aussi qu'il fallait donner à l'alliance une vision, une raison d'être, et donc en premier lieu, restaurer la relation avec Nissan. Mais... M. Senard n'a pas dit comment.
La relation avec l'allié japonais a été en effet abimé une fois de plus, avec le projet d'une fusion avec Fiat-Chrysler, à propos duquel les japonais n'ont été informé que quelques jours avant que ce ne soit public. L'assemblée générale des actionnaires de Renault a permis d'apprendre 3 choses sur ce projet. La première est que c'est Bruno Le Maire, le ministre, qui avait il y a quelques mois, suggéré l'idée d'un rapprochement avec Fiat. La seconde était que M. Senard était vivement partisan de la fusion, et enfin qu'il attribue à 100 % l'échec de la fusion à l'état, et qu'il s'en désole.

Pendant ce temps là, les actionnaires Renault n'ont touché qu'un maigre dividende de 3 euros par action, la rémunération de M. Bolloré (DG de Renault) a été réduite de 10 %, mais M. Senard ne voyait pas de mal à donner deux milliards et demi aux actionnaires de FCA. Il a dit qu'il n'avait pas demandé à devenir président de Renault ou de l'alliance, qu'il a accepté parce qu'il voulait servir, ce qui fait plaisir à entendre de la part d'un homme dans pareille position, mais personne ne lui a jamais demandé de servir les italiens en premier.
Il aura dit que son objectif était de se renforcer pour mieux contrer l'arrivée prochaine des constructeurs chinois, il semblerait pourtant qu'avec Nissan et Mitsubishi, il y a déjà beaucoup d'opportunités de se renforcer à l'intérieur de l'alliance. Enfin, il n'est plus là, mais cette assemblée aurait dû être celle du triomphe de Carlos Ghosn. L'ex-dirigeant aura fait ce que personne n'avait su réussir avant lui, il a internationalisé Renault. En 2018, 50,6 % des ventes de Renault ont été en dehors de l'Europe. Sur recommandation du conseil d'administration, les actionnaires ont voté à 88 % la suppression de la part variable de sa rémunération de 2018.
Laurent J. Masson
Rubrique(s) et mot(s)-clé : Renault ; industrie-production