Un plan de relance auto sans imagination, ni ambition, ni financement
Mer 27/05/2020 — Comme on s'y attendait.

Gros morceau ensuite, la prime à la casse, ou à la conversion, comme on dit aujourd'hui. On y a droit en dessous d'un certain seuil de revenu, et celui-ci a été très substantiellement revu à la hausse, depuis sa dernière itération. Il faut être en dessous de 18000 € par part fiscale. Un homme et une femme gagnant 50000 euros à eux deux y ont donc droit, s'ils ont au moins un enfant (3 parts de 16666 euros). La voiture à donner au concessionnaire doit être une essence d'avant 2006, ou une diesel d'avant 2011. Le montant est de 3000 € pour l'achat d'une voiture thermique (essence ou diesel), de 5000 € pour une électrique. En cumul avec le bonus, les français peuvent donc acheter une électrique neuve avec 12000 € de réduction !
Tout ceci devrait relancer les ventes de voitures neuves, et c'est bien de cela dont le pays a besoin aujourd'hui, quand l'année avait très mal commencé, avant même que le marché ne s'effondre avec le confinement. Mais on attendait aussi un volet industriel au plan de relance, et là, c'est la grande déception. Il n'y a aucune réforme de l'état, et aucun nouvel engagement des constructeurs. Les Peugeot 208 et 2008 électriques ne sont pas fabriquées en France, cela ne changera pas. Les Renault Clio et Captur hybrides rechargeables ne sont pas fabriquées en France, cela ne changera pas. Heureusement, les Peugeot hybrides rechargeables sont fabriquées en France, et cela continuera, idem les Renault électriques. Le président a annoncé l'objectif d'un million de voitures électrifiées construites en France en 2025, il n'y a pas de quoi être impressionné. Car cela inclut les voitures simplement hybrides, comme la Toyota Yaris. Le nombre de 2,2 millions de voitures produites en France l'année dernière est plus impressionnant.
Un plan de soutien doté d'un budget initial de 200 millions est aussi mis en place, et une information importante est que Renault va rejoindre le consortium franco-allemand de construction de batteries, où PSA et Total sont déjà engagés. C'est un revirement pour Renault, puisque l'allié Nissan s'était lancé dans la production de batteries, mais sans rencontrer le succès. Carlos Ghosn avait jugé qu'il n'y avait pas d'argent à faire en produisant ses propres batteries.
Le président pare donc au plus urgent, relancer les ventes, mais les problèmes de fond demeurent. L'industrie française reste peu compétitive au niveau mondial du fait de charges trop élevées, et on attendra encore les grandes réformes qui pourraient changer cela. Enfin, il reste la question du financement de toutes ces mesures, il y en a pour quelques 8 milliards d'euros en incluant un prêt à Renault, et là c'est simple, c'est de l'argent magique. C'est la banque centrale européenne qui va payer tout cela, on ne sait quand on remboursera, ni encore moins avec quoi.
Laurent J.Masson
Rubrique(s) et mot(s)-clé : hors-constructeur ; industrie-production ; commerce-distribution