Hiriko, pensé par les technocrates, pas par les automobilistes


L'idée d'une voiture électrique très compacte pour la ville n'est pas nouvelle, Smart l'a déjà réalisé. Mais ce projet entend s'en distinguer d'une manière étonnante : par la réduction de la surface au sol de l'auto lorsqu'elle est garée.
L'idée provient d'un chercheur américain, même s'il fut probablement inspiré par Matra, quoique ce concept Hiriko n'a pas poussé l'idée jusqu'au bout : il n'est pas empilable à la manière des chariots de supermarchés. Il dispose cependant d'un train arrière coulissant, pour venir se replier vers l'avant, et réduire la longueur hors-tout de 2,70 à 1,50 m. On précisera cependant de suite que l'Hiriko n'est pas une voiture. Il rentre en effet dans le cadre juridique des quadricycles lourds, ceux qu'on appellent aussi voitures sans permis, du fait de leurs performances très limitées (90 km/h en pointe).

En dépit de ses 4 roues, cet Hiriko se révèle très proche des
concepts EN-V de General Motors. Il s'en distingue néanmoins en étant nettement moins abouti, et surtout beaucoup plus gros. Moins abouti ce n'est que logique, puisqu'il n'y aucun constructeur automobile derrière lui, mais un groupement d'entreprises du pays basque espagnol. Il n'y a donc aucune usine pour le produire en série, et dans un premier temps, il n'est même pas prévu d'en construire une. Les PME qui ont construit les pièces des premiers prototypes continueront comme elles ont commencé, et ce seront les clients qui se chargeront d'assembler les Hiriko chez eux. C'est là qu'on peut préciser que l'Hiriko n'est absolument pas destiné aux particuliers. Sinon à plus long terme, mais pour l'heure, l'Hiriko s'inspire du concept Ikea. A la différence près qu'un véhicule est un produit qui doit être homologué, et qui a besoin d'un montage précis éxécuté par des professionnels.

L'Hiriko n'est pas un nouveau petit véhicule très économique comme pouvait l'être l'Isetta dans les années 1950 (ci-contre), mais un engin destiné à des flottes d'autopartage. Leurs gestionnaires se chargeraient de monter des unités d'assemblage avec de la main d'œuvre locale recrutée en contrat à durée déterminée. Il n'y a personne dans l'industrie auto pour trouver que ce soit une bonne idée... L'Hiriko est électrique avec 4 petits moteurs situés dans les roues, et celles-ci sont également directrices, commandées
by-wire (sans liaison mécanique). Quelques villes, Malmö en Suède, Barcelone et Hong Kong se sont déjà déclarées intéressées, et d'autres suivront peut-être, puisque l'Hiriko a bénéficié d'une publicité inattendue sous la forme d'une présentation par le président de la commision européenne, M. Barroso. Nous ignorions que le statut de M. Barroso lui permettait de s'afficher ainsi, mais il se justifie en qualifiant l'Hiriko de
« solution à la crise ». Il ne s'agit pas de la crise économique, mais de la crise du stationnement dans de nombreuses grandes villes d'Europe.

Ce qui est ennuyeux dans la solution de M. Barroso est qu'elle aggrave la pénurie en demandant plus de soumission à l'autorité. On le voit déjà à Paris, où la mairie a supprimé des centaines de places de stationnement pour installer des places destinées aux véhicules sous son contrôle, Velib ou Autolib. Même si l'Hiriko peut se révéler avantageux en permettant une augmentation des véhicules en stationnement sur une surface donnée, il est difficile de le voir comme un progrès. Le pire est que le projet Hiriko n'a pas de viabilité économique. En petite série, son prix sans la batterie serait double à celui d'un Renault Twizy. Hiriko ne tient que par une subvention. On parle ensuite de lui donner une dimension sociale, en confiant l'assemblage final des véhicules à des réfugiés irakiens (!). Il faut donc imaginer une Bluecar moins performante, moins bien construite, moins écologique puisque la production décentralisée entrainera plus d'émissions lors des transports des pièces détachées, et on peut aussi s'interroger sur la fiabilité du train arrière repliable. On concluera alors sans hésitation que si le projet Hiriko est excitant pour des technocrates bruxellois, il ne l'est pas pour des automobilistes.
Enfin, comment ne pas s'effrayer du manque d'imagination du président de la commission européenne ? Il serait possible de construire des gigantesques centrales de production d'hydrogène dans le Sahara, et de fabriquer en grande série, dans de belles usines avec des ouvriers bien payés, des puissantes voitures à hydrogène qui auraient 1000 km d'autonomie, mais on ne nous propose que des voiturettes repliables ? Et demain, des chaussures à ressort ?
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